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29 décembre 2015 2 29 /12 /décembre /2015 08:00

Avec les températures extrêmement clémentes, sinon printanières, dont nous gratifie cette fin d’année 2015, de nombreux animaux refont surface dans nos campagnes. Certains insectes reprennent leurs activités comme si l’hiver avait déjà renoncé. Des oiseaux même font à nouveau entendre leur trilles… mais pas seulement.

 

Dans la nuit du 26 au 27 décembre dernier, vers les 3H00 du matin, ma femme et moi sommes réveillés par une sourde rythmique assortie de vibrations obsédantes. Impossible dès lors de se rendormir. Nous crûmes d’abord à une fête improvisée chez nos voisins. Il n’en était rien et nous reconnûmes sans peine le bruit sourd et caractéristique des rave party ordinairement organisées à la belle saison sur les rives de l’étang de Joanna Maria sur la commune de  Montrigaud dans la Drôme. Fêtes (teufs pour les initiés) d’ordinaires estivales mais néanmoins illégales car nuisibles pour les habitants des villages environnants.

 

Excédée, ma femme compose le 17 qui la met en ligne avec la gendarmerie de Grenoble. Nous habitons un petit village à la limite de la Drôme et de l’Isère – Saint-Clair-sur-Galaure – mais néanmoins les premiers, avec les habitants du Grand Serre à « profiter » des nuisances occasionnées par ces rassemblements. La gendarmerie de Grenoble ayant contacté celle de Valence – dont dépend Montrigaud – il nous a été confirmé que les teufeurs avaient eu l’autorisation de la maire de montrigaud. En conséquence, il n’était pas possible d’intervenir de quelque manière que ce soit.

 

En d’autres termes et pour résumer, les autorités ont donc autorisé la tenue d’une manifestation illégale. Car en effet, et selon l’article R. 623.2 du code pénal, « Les bruits ou tapages injurieux ou nocturnes troublant la tranquillité d’autrui sont punis de l’amende prévue pour les contraventions de la 3e classe ». De plus : « Les personnes coupables des contraventions prévues au présent article encourent également la peine complémentaire de confiscation de la chose qui a servi ou était destinée à commettre l’infraction[1]. » Enfin, à l’alinéa 7 concernant la complicité, le code pénal ajoute : «  Selon les dispositions de l’article 34-8° du code pénal, doivent être considérés comme coupables de bruits, tapages ou attroupements injurieux ou nocturnes troublant la tranquillité des habitants, non seulement ceux qui prennent une part active aux bruits ou tapages nocturnes ou injurieux, mais encore tous ceux qui, par leur présence ou leur fait, ont favorisé ou facilité la commission de cette contravention. »

 

Ce matin 28 décembre 2015, je découvre dans le Dauphiné libéré de ma région un article de Vincent GUERRIER intitulé : Une « birthday party » réunit 400 teufeurs toute la nuit. En sous-titre l’auteur précise : « Un rassemblement festif mais illégal a eu lieu samedi soir à l’étang Joanna Maria »  (commune de Montrigaud). L’auteur précise également que : « Prévenue vers minuit, la brigade de gendarmerie de Romans est rapidement intervenue pour filtrer l’entrée de cette « birthday party » […] les gendarmes ont procédé à des contrôles d’alcoolémie et de drogues à la sortie de la fête, aucune interpellation n’a été effectuée[2]. »

 

Tout va donc pour le mieux dans le meilleur des mondes ! Depuis la maire de Montrigaud, en passant par les différentes gendarmeries et sans doute jusqu’à une autorisation ou dérogation préfectorale complaisamment accordée, chacun de ces « dignes » représentants de la Loi s’est fait le complice des  contrevenants. Lesquels ont aujourd’hui quasiment pignon sur rue. Personne, en premier lieu, ne semble s’être inquiété des nuisances occasionnées à de nombreux habitants des environs. Cette masse « silencieuse » qui tente encore de croire dans la justice, dans le respect des lois et dans le courage de ceux qui sont payés pour les faire appliquer. Or ici, et à aucun moment, l’état n’a fait la démonstration de son courage et de son intégrité. Loin s’en faut. Car cet exemple, même s’il n’est pas des plus graves dans le fond, est, sur la forme, tout à fait symptomatique de la démission de l’autorité de l’état à bien des niveaux.

 

On constate à quel point les échauffourées des 25 et 26 octobre 2014 qui ont accidentellement conduit à la mort de Rémi Fraisse sur le site du futur barrage de Sivens ont fait reculer l’état, une fois de plus, dans son devoir de faire respecter les lois de la République. Désormais, et pour éviter que ce genre d’accident ne se répète, on déroge, on autorise, on encadre, on contrôle, mais surtout, on laisse faire. On amende aussi les articles et la Constitution afin d’éviter toute confrontation directe qui pourrait mener à un Sivens 2. Lequel donnerait lieu à une couverture médiatique politiquement ruineuse. Qui sait si bientôt on ne délivrera pas de dérogation pour des délits plus graves. On mettra ainsi en avant le fallacieux prétexte d’éviter des débordements lors qu’il ne sera question que de dissimuler l’impuissance de l’état.

 

Non loin d’ici, on a déjà pu constater la faiblesse de l’état de droit vis-à-vis des zadistes du futur site du Center Park de Roybon. Les dernières exactions – agressions racistes et saccage d’une mosquée - commises à Ajaccio en représailles à l’agression de deux pompiers, montrent une fois de plus la défaite de l’état de droit si souvent revendiqué par nos gouvernants, mais si peu mis en pratique. On n’ose imaginer ce qui aurait pu se passer si la foule, visiblement déchaînée, avait pu mettre la main sur les agresseurs présumés.

 

Malheureusement, en dérogeant à la Loi, en autorisant de telles manifestations, l’état pusillanime se fait le complice de tels agissements. Il ferme également les yeux sur ce qu’ils impliquent en terme de trafic et de consommation de drogue, d’alcool, de violence parfois et de dégradation de la santé des citoyens, de l’ordre public et de l’environnement. Une loi qui n’est pas appliquée n’est rien de plus qu’une hypocrisie de la République. Une occasion de plus pour l’état de se discréditer aux yeux du citoyen qu’il est censé protéger et servir. Une occasion supplémentaire également pour les partis extrémistes, de gagner des voix. L’avertissement du premier tour des régionales semble déjà loin.

 

Qu’est-ce qui aurait dû être fait ? Tout simplement appliquer la Loi, et donc, en premier lieu, ne pas déroger. Appliquer les textes.

  • reconnaître l’illégalité de la manifestation.
  • Confisquer le matériel.
  • Interpeller les contrevenants et/ou les responsables.
  • Établir des amendes.
  • Enfin, faire évacuer les lieux.

 

Vincent GUERRIER nous dit enfin : « Les gendarmes ont procédé à des contrôles d’alcoolémie et de drogue à la sortie de la fête, aucune interpellation n’a été effectuée. » étonnant non ! Pour un peu, on serait tenté de croire que tous ces teufeurs ne carbureraient qu’au lait fraise et aux bonbons Haribo. De qui se moquent-on ? De la République monsieur, de la République ! La première des choses à faire était de mesurer le nombre de décibels libérés des heures durant par des enceintes surpuissantes. À la suite de quoi, il ne restait plus qu’à procéder à la saisie du matériel. Le problème eut été vite réglé sans que la gendarmerie n’ait besoin de se livrer à une grotesque mascarade de contrôle de stupéfiants.

 

Sur les frontispices de nos bâtiments publics, sur nos pièces de monnaie il est encore écrit liberté – égalité – fraternité. Aujourd’hui, il n’est qu’un seul détail à changer dans cette déclaration pour coller à la réalité. Un seul petit détail, mais déjà si lourd de conséquences. C’est celui qui consiste à écrire libertés au pluriel. Car désormais, on constate journellement que l’état semble depuis longtemps avoir oublié qu’il n’y a pas de liberté absolue pour chacun, mais seulement des libertés relatives. Que toute vie en société implique de facto que ma liberté s’arrête là où commence celle de l’autre.

 

Or, par pure démagogie, et du fait d’une faiblesse dont il a à maintes reprises fait la démonstration, ce gouvernement, depuis 3 ans déjà, met quotidiennement en péril la cohésion nationale en voulant tout simplement faire plaisir à tout le monde. Contre le bien collectif, l’état a choisi de défendre les libertés individuelles. On confond de plus en plus souvent laïcité et permissivité ; liberté et licence ; démocratie et démagogie ; le service de la Nation et celui de ses intérêts personnels…

 

Je finirai sur cette maxime de Démocrite qui, bien que brève, en dit long sur la nécessité des lois, de leur application et des périls qui nous guettent : « Les lois n’interdiraient pas à chacun de vivre selon son penchant, si les gens ne se faisaient pas tort mutuellement. Car c’est l’envie qui est au commencement de la discorde. »

 

Sébastien Junca.

 


[1]       C’est moi qui souligne.

[2]       Ibid.

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Biographie succincte

Né en 1968, Sébastien Junca est un autodidacte épris de philosophie. Dans son premier ouvrage, L’Envers du monde (2009), publié aux Éditions édilivre, il expose les prémices de sa métaphysique. Il y décrit sa vision des principaux attributs du réel que sont la Matière, le Temps et la Conscience. Premier travail encore très influencé par ses maîtres que sont entre autres Schopenhauer, Bergson et Teilhard de Chardin. Dans la continuité, il publie Les Naufragés de Dieu (2010),  où il traite sur le mode métaphysique et toujours dans l’esprit teilhardien, des grands thèmes de la religion catholique que sont la Création, l’Incarnation et la Révélation. Suit un recueil de poèmes : De feu et de sang (2010). Ces Trente poèmes d’outre-monde sont les fruits d’une écriture automatique d’inspiration surréaliste. Il se lance ensuite dans un nouveau travail : Blessure d’étoile, La face cachée de l’évolution (2011) - où il aborde les grands thèmes de l’Évolution, de l’Humanité et du Progrès avec pour toile de fond le catastrophisme et l’impactisme.

 

Parallèlement à l’écriture, Sébastien Junca poursuit son parcours ouvrier ou il puise aussi la matière de ses textes. Son Petit manuel de survie, de résistance et d’insoumission à l’usage de l’ouvrier moderne (2011) en est un premier exemple. Dans la même veine il publie aux Editions Demopolis, Au coeur de la crise (2014), préfacé par Gérard Mordillat : carnets ouvriers relatant sa onzième et dernière année de travail au sein  d'une grande entreprise nautique.

 

Enfin, viennent d'être mis en ligne ses premiers Carnets hygiéniques sous le titre Le Vouloir du Véridique (2015); recueil de chroniques écrites entre 2010 et 2014 à travers lesquelles l'auteur remet ici en question nos plus profondes certitudes sur l'identité, la nationalité, la société, la civilisation et la vie elle-même. Vient également d'être mis en ligne un nouveau recueil de poèmes en prose intitulé La Sensation du gouffre (2015). Y sont rassemblés des textes écrits entre 1993 et 2010. L'auteur y dévoile, dans un premier temps, une vision plus intime du réel suivie, dans un deuxième temps,  de certaines de ses intuitions d'ordre plus général et philosophique.

 

Ces deux derniers ouvrages n'ont pas encore trouvé d'éditeur. Ceci est un appel lancé aux plus audacieux d'entre eux.

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AU COEUR DE LA CRISE.

 

 

AU COEUR DE LA CRISE - Carnets ouvriers, aux

Editions DEMOPOLIS

 

 

 

En 2007, le numéro un mondial des constructeurs de voiliers passe le milliard d’euros de chiffre d’affaire. Avec 19 filiales et près de 30 sites de production à travers le monde, l’entreprise, créée en 1884 est devenue une référence du yachting international. La quasi-absence de réelle concurrence, un « trésor de guerre » substantiel et un savoir-faire unique en ont fait un véritable empire industriel et familial.

Au cœur d’une crise qui n’épargne personne, la marque fait figure d’exception. Mais pour combien de temps encore ? La petite entreprise familiale est devenue, au fil de ses succès commerciaux, un monstre protéiforme d’envergure internationale. Avec la crise elle est désormais à la croisée des chemins : rester fidèle aux anciennes méthodes de management et de communication ou au contraire, s’adapter et accepter les changements imposés par l’ « évolution des espèces industrielles » ? Voilà sans doute l’un des plus grands défis auquel le groupe se trouve aujourd’hui confronté.

 

 

 

 

 

 

Dernière parution

LE TOTEM ET L'ATOME. Introduction à la mécanique des dieux.

 

Comme l’a démontré Émile Durkheim, la religion est un fait exclusivement social. Elle est donc en prise directe avec les forces et les mécanismes qui, depuis 13,7 milliards d’années, ont contribué à façonner les différentes complexités atomiques, moléculaires, biologiques puis humaines. Elle est donc aussi sujette aux mêmes métamorphoses ; aux mêmes évolutions.

La magie, le totémisme et les premiers grands monothéismes, ont tour à tour été les ferments de sociétés en gestation. Ils leur prodiguèrent le sens du sacré, les interdits et les premières structures socio-économiques dont ces sociétés avaient impérativement besoin pour se construire et perdurer.

Les connaissances et l’accroissement démographique de notre seule espèce s’étendront bientôt au-delà des dimensions matérielles de notre planète. Nos religions n’ont pas suivi. Dieu est devenu étriqué. Trop étroit désormais pour contenir 9 milliards d’individus avides de sens et de reconnaissance. Le modèle est dépassé, suranné, obsolète. D’où la nécessité de réinstaurer une dialectique avec la nature et le cosmos. De celle que les sociétés traditionnelles ont su conserver à travers les siècles. Leur sagesse et leurs croyances, plus que jamais menacées par le modèle occidental, sont les clés de nos évolutions futures.

L’humanité, face aux défis qui sont les siens, est en attente d’un nouveau mythe global. Lequel répondrait à la récente prise de conscience de notre interaction avec la totalité de l’univers. Une humanité enfin prête à quitter les âges primitifs de la survie, de la compétition et de la confrontation au monde, pour entrer pleinement dans la Vie. Une Vie non plus seulement terrienne et organique, mais une Vie aux formes infinies, de nature symbiotique et de dimension cosmique.

 

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