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25 décembre 2014 4 25 /12 /décembre /2014 11:58

Je viens de terminer la lecture du dernier livre de Matthieu Ricard Plaidoyer pour les animaux [1]. Un livre qui, loin de laisser indifférent, ébranle bien au contraire des certitudes qui s’étaient, à force de culture et d’habitudes de penser, déposées au fond de chacun d’entre nous comme autant de boue et de limon. A tel point fossilisées au fond de nos comportements que nous avons fini par ne plus voir et par oublier une évidence criante, sanglante, abominable, abjecte, barbare et inhumaine. Pour finir d’ouvrir enfin les yeux sur une vérité des plus dérangeantes, j’ai visionné le documentaire Terriens [2], complément indispensable au livre de Matthieu Ricard. Ces images, de bout en bout insoutenables, font office d’électrochoc pour des consciences endormies, anesthésiées par un anthropocentrisme et un consumérisme culturels et normalisés.

 

La vérité en face

Jamais de ma vie je n’oublierai le regard de ces êtres qu’on mène à la mort et le plus souvent de la pire des façons. Car non contents d’éliminer par milliards chaque année des êtres vivants et sensibles pour des raisons de moins en moins justifiées – l’ont-elles jamais été ? – on leur inflige de surcroît des souffrances indignes de la part d’une espèce autoproclamée « supérieure » aux autres. En larmes devant ces images, je me suis contraint, par devoir, à visionner jusqu’au bout l’insupportable, l’innommable. C’est le moins que je me sentais le devoir de faire en tant qu’être humain prétendument digne de ce nom : avoir au moins le courage et l’honnêteté de regarder la vérité en face.

Hier encore, les nations « civilisées » considéraient l’homme noir ou l’amérindien pour moins que des animaux ; créatures oubliées de Dieu, sans âme et sans conscience. Une exclusion qui a de fait autorisé toutes les conquêtes et les barbaries les plus innommables. Demain, quand nous aurons enfin compris que l’animal a sa propre conscience, sa propre culture et sa propre vision du monde qui ne valent pas plus, mais pas moins non plus que les nôtres, quel regard porterons-nous sur cette boucherie à échelle planétaire ?

 

Quelle humanité ?

Notre humanité n’a de valeur, de consistance et de réalité que pour nous-mêmes. Autrement dit elle n’est rien d’un point de vue universel. Poudre aux yeux ; autosatisfaction ; infatuation et en définitive, illusion. Par nos comportements et les valeurs qui les dictent, nous nous conformons à une vision toute humaine du réel. Nous nous confortons dans une facilité de vue et de penser qui consiste à mesurer le monde, la vie et l’univers à l’aune de notre humanité. En cela, nous ne nous comportons pas différemment de la première espèce animale venue : rat, mouche ou bactérie. Laquelle appréhende de manière instinctive ce qu’elle perçoit successivement de l’univers comme un univers exclusivement fait pour les rats, les mouches ou les bactéries. C’est là une façon de penser qui a conduit encore récemment à considérer certaines sociétés humaines comme en dehors de la dite humanité. Catégoriser, limiter c’est forcément exclure. Et exclure, c’est par là même créer des zones de non droit, d’amoralité et d’inhumanité qui de facto autorisent tous les comportements par définition inhumains.

Définir l’humanité, c’est prendre le risque d’en fixer les limites. Lesquelles ont été des plus malléables et adaptables à la pensée dominante d’une époque, d’une nation, d’une culture, d’une croyance, d’une idéologie mais aussi d’une espèce. C’est ce en quoi consiste le spécisme. « Par analogie avec le racisme et le sexisme, ce terme désigne l’attitude consistant à refuser indûment le respect de la vie, de la dignité et des besoins des animaux appartenant à d’autres espèces que l’espèce humaine [3]. » Nombre d’éthologues, biologistes, philosophes et autres penseurs et scientifiques s’accordent sur le fait – et depuis quelques années déjà – que les animaux, à l’instar de l’espèce humaine, disposent de leurs propres cultures basées sur des langages, des rapports sociaux très élaborés, une sensibilité et une mémoire individuelle et collective qui leurs sont propres. Des espèces animales pas plus dépourvues d’empathie, d’esprit de coopération et de création que ne l’est l’humanité elle-même.

Depuis Darwin déjà, nous savons que l’homme n’est pas un phénomène à part, indépendant du reste du règne animal. Pas davantage n’est-il le couronnement du règne vivant dont les espèces précédentes, animales et donc présentées comme inférieures, se voulaient autant de stades préparatoires sinon de tentatives infructueuses donc déconsidérées et méprisées. Autant d’idées fausses qui justifiaient fort opportunément toutes les formes de dominations, d’asservissements, d’exploitations et de violences. Citant Darwin, Matthieu Ricard écrit : « Nous avons vu que les sens et les intuitions, les diverses émotions et les facultés telles que l’amour, la mémoire, l’attention, la curiosité, l’imitation, la raison, etc., dont s’enorgueillit l’homme, peuvent se voir à l’état naissant, ou même parfois dans un état pleinement développé, chez les animaux inférieurs [4] ».

 

Un seul et même phénomène

L’humanité apparaît de façon de plus en plus évidente comme un moment, une étape transitoire entre un pré-humanisme (animalité), et un post-humanisme encore indéfini dont les formes – biologiques, biomécaniques ou exclusivement mécaniques – nous sont encore méconnues. Pourtant, l’évolution poursuit sa marche, imperceptiblement, à notre insu presque. Sous couvert de révolutions technologiques, politiques, médicales, sociales, artistiques et intellectuelles, c’est elle, encore et toujours, qui actionne les principaux leviers de notre destinée.

Comme le précise Matthieu Ricard et de nombreux autres penseurs humanistes, il nous faut élargir notre vision du « vivant » à l’ensemble des espèces biologiques, sinon même à tout ce que la nature offre de diversité matérielle. Le vivant ne se limite pas à des agencements moléculaires prédéterminés. Comme le disait Teilhard de Chardin, la vie implique avant elle de la pré-vie. De la même manière, l’humanité suppose avant elle de la pré-humanité. Autrement dit une humanité déjà implicitement présente dans l’animal comme l’homme est implicitement présent dans l’embryon.

Parce que nous percevons tous phénomènes le plus souvent de manière successive, nous les appréhendons intellectuellement de façon différenciée, isolés et indépendants les uns des autres. Cela revient, comme le disait Bergson, à décomposer un mouvement unique et homogène en autant d’étapes que notre division toute arbitraire du temps et de l’espace nous le permet. Mais ce mouvement, ici la vie, l’évolution, reste en soi unique et indivisible. Chacun de ses moments ne sont pas plus étrangers les uns pour les autres que ne le sont les doigts, la main, le bras ou les autres parties de mon corps. La vie elle-même n’est pas réductible à certaines complexités biologiques ou même moléculaires. Elle s’étend bien au-delà des limites que nous lui assignons. Elle est un mouvement unique, total et continu dont on peut faire remonter l’origine jusqu’à 13,7 milliards d’années.

 

Au-delà des apparences

Dans le même ordre d’idées, les facultés intellectuelles ne sont pas représentatives de la nature de la conscience. Elles en sont l’expression momentanée, proportionnelle à une certaine complexité organique et cérébrale. La conscience apparaît donc de plus en plus comme indifférenciée au travers d’individus distincts. Nous savons désormais que le locked-in syndrome ou syndrome d’enfermement – paralysie complète à l’exception du mouvement des paupières et parfois des yeux - n’a évidemment rien à voir avec un quelconque état végétatif où le patient aurait perdu la totalité de ses facultés intellectuelles comme toute conscience. Or, bien au contraire, les sujets victimes de ces accidents sont éveillés et totalement conscients. Ici, l’absence de manifestations évidentes et « normalisées » de la conscience n’est pas le signe d’une diminution, d’une altération ou d’une disparition de celle-ci.

Il en est de même chez les différentes espèces animales. Au cours de l’évolution, le phénomène vivant s’est scindé en autant de rameaux et de physiologies différentes eu égard à une perception de l’environnement particulière à chaque espèce. Autant d’interprétations différentes d’une même partition concourant à développer dans l’espace et le temps autant d’orientations et de formes de vies variées. Le monde est un labyrinthe aux multiples entrées. Mais c’est toujours la même chose qui y circule : la conscience. Or, nous ne devons pas juger de la nature de cette dernière aux formes et aux chemins qu’elle empreinte sous prétexte qu’ils sont différents du nôtre. Chaque espèce est parfaitement adaptée au monde qu’elle a inconsciemment choisi de vivre, au hasard des choix évolutifs qui ont écrit son histoire. Le monde est tout de neutralité, de plasticité et de potentialité infinies. Chaque espèce, sinon même chaque individu au sein d’une même espèce, est l’expression d’une « grille de lecture » différente du monde. Ni plus, ni moins intelligente, consciente ou évoluée qu’une autre.

Citant à nouveau Darwin, Matthieu Ricard écrit : « “Certains faits prouvent que les facultés intellectuelles des animaux considérés comme très inférieurs à nous sont plus élevées qu’on ne le croit ordinairement.” Nous sommes donc loin de l’assertion péremptoire de Buffon : “La poule ne connaît ni le passé ni l’avenir et encore se trompe sur le présent [5].” » Car en effet, qu’est-ce que Buffon, comme n’importe lequel d’entre nous, peut prétendre connaître d’une poule sinon ce que son corps, sa physiologie et son comportement de poule laissent transparaître de sa conscience ? Son corps, son langage et sa conduite n’ont jamais été conçus pour communiquer quoi que ce soit de ce qu’est une poule à une humanité de surcroît limitée dans sa perception du monde. On ne peut superposer deux grilles de lecture aussi différentes.

       

Question de vocabulaire

Une poule ou un virus ne sont pas plus, mais pas moins non plus « intelligents » qu’un être humain dont le vocabulaire et la notion même d’intelligence ne vaut que pour sa seule espèce. Plus que l’intelligence, c’est surtout l’efficacité qui devrait être un critère de jugement, si jugement il doit y avoir. Or, quoi de plus efficaces et adaptés à leur environnement qu’une poule ou un virus ? Suivant ce même critère, l’humanité semble paradoxalement de moins en moins efficace et apte à assurer sa propre survie. Et ce en dépit d’une hypertrophie technologique dont elle commence à peine à payer le prix fort. Les menaces croissantes que nous faisons peser sur la planète et donc sur la vie de manière générale et notre espèce en particulier, sont la preuve irréfutable de notre inadaptation chronique. Des sentiments parasites comme l’avidité, la volonté de puissance et de domination, le désir de jouissance ou l’individualisme sont autant de preuves de notre inaptitude à vivre en bonne intelligence avec notre environnement. Et ce, contrairement à toutes les autres espèces vivantes, animales ou végétales, néanmoins jugées comme très inférieures à la nôtre. On serait même tenté de dire que, loin d’être l’espèce la plus intelligente, l’humanité semble de toutes, celle qui l’est le moins, du fait même qu’elle considère les autres espèces comme inférieures à la sienne.

 

Une parenté commune

Depuis quelques milliers d’années, avec les progrès techniques et technologiques croissants, nous nous sommes imperceptiblement retranchés d’une universalité dont certaines tribus primitives – malheureusement sur le déclin – sont parmi les dernières à détenir les clefs. Au temps reculés des premières sociétés humaines, l’animal était tout autrement considéré qu’il ne l’est aujourd’hui. Il était l’incontournable intercesseur entre une nature mystérieuse, inaccessible et une humanité encore fragile et livrée à un monde pour l’essentiel énigmatique et hostile. Pour nombre de peuples premiers, l’animal était considéré comme un lointain parent et ancêtre qui, par définition, inspirait crainte et respect. Une parenté de chair et de sang l’inscrivait de fait dans une généalogie et une mythologie que Darwin, par la suite et suivant des méthodes plus « scientifiques » ne fera que confirmer. La force de certains animaux, leurs différentes aptitudes physiques et leur parfaite aisance à évoluer au sein du monde étaient pour les premières sociétés humaines autant de raisons de l’envier et de l’admirer.

Lucien Lévy-Bruhl observe que les ancêtres mythiques sont, chez la plupart des peuples primitifs, indifféremment hommes et animaux : « “Nous et les animaux, nous sommes pareils”, dit un jour à Nordenskiöld Perez, l'Indien qu'il avait ramené avec lui de sa dernière expédition dans l'isthme de Panama. “Les Indiens Cuna ne croient pas, comme les chrétiens, à un abîme entre les hommes et les bêtes [...] On ne dit jamais qu'un animal s'est transformé en homme, car l'animal est déjà homme sous sa forme animale [6]” ». « Le qayuk, explique Jean Malaurie, est le bouillon de viande, le sang à peine cuit de ces morses et de ces phoques. Ils [les Inuits] savent que ces animaux, s’ils ont un comportement particulier, sont les enveloppes à l’intérieur desquelles “leurs” aïeux vivent. Une parcelle d’énergie y est enclose. Par manducation, ils communient avec elle. Ils participent de cette force vitale qui tient debout le monde [7]. »

Les plus récents travaux dans les domaines de l’éthologie et de la primatologie confirment d’une certaine façon cette intuition primitive. Ils démontrent la présence, chez de nombreuses espèces, de bon nombre de comportements que l’on pensait à tort, spécifiquement humains. Les notions de culture, d’invention, d’intelligence, de coopération, d’altruisme, de compassion ne sont désormais plus les seuls privilèges de notre espèce. Autant de preuves de plus en plus irréfutables de la parenté entre toutes les formes de vie.

 

La pensée prélogique

Au sein de chaque espèce, les primitifs désignent un individu-roi, un animal et spécimen emblématique qui tient ferme le principe vital des autres animaux nous rapporte Lucien Lévy-Bruhl dans L’âme primitive. Lui porter atteinte entraînerait la fin de toute la horde sinon de l’espèce. Ce genre de respect était une sorte de témoin garant des attitudes de chasse ou d’exploitation de chaque espèce animale. L’animal roi devient le symbole du respect porté à toute l’espèce. Il est d’une certaine manière le dernier rempart contre toutes les formes d’excès. Pour Jean Malaurie, les liens qui unissent le chasseur inuit et son gibier vont bien au-delà de la simple symbolique. Ils participent d’une relation psychophysique primitive, intuitive et imperméable à tout raisonnement logique. Des liens qui  pour Lucien Lévy-Bruhl relèvent d’une pensée prélogique. « Les fonctions mentales du chasseur sont liées à des faculté hypersensorielles qui défient toute logique. Elles lui permettent, par une volonté d’identification [assez semblable à l’empathie] d’être à la fois homme et phoque, homme et morse, homme et ours. Il participe si intimement à la psychologie de l’animal qu’il veut saisir, qu’il anticipe ses réflexes, sa tactique de survie, ce qui lui permettra de pouvoir le capturer [8]. »

 

Une autre perception du monde

Il y a, de la part du primitif, une ouverture au monde qui, loin d’être de nature intellectuelle, est véritablement psychophysique. Elle est le résultat d’une hypersensorialité développée au fil des générations et d’une interprétation collective du monde. Cette perception participe d’une sorte d’inversion ou de renversement de la sensorialité. Cette dernière, tournée vers l’extérieur et centrifuge, établit de la sorte une connexion à un réseau d’informations au-delà de toute « rationalité » occidentale. Un monde originel et prélogique où tout participe de tout dans une consubstantialité, une mutuelle appartenance, une identité et une unité de provenance. Une aptitude à puiser, en certaines circonstances, à la matière première du monde. Ce monde derrière le monde où l’homme, l’animal, la plante ou la pierre sont originellement et éternellement confondus.

Parce que j’ai la dimension de ce que je vois, nous dit Fernando Pessoa, et non la dimension de ma taille. Sur un autre registre, Frans de Waal écrit que l’empathie lie des corps à d’autres corps et que, ce faisant, nous avons cette capacité merveilleuse d’habiter le corps des autres. Henri Bergson enfin, ardent partisan de l’intuition comme principal outil d’investigation philosophique nous dit : « Car si notre corps est la matière à laquelle notre conscience s’applique, il est coextensif à notre conscience, il comprend tout ce que nous percevons, il va jusqu’aux étoiles [9] ». Autant d’indices qui nous invitent à explorer une voie nouvelle à même d’inaugurer une autre perception du monde et de la vie. Une voie oubliée. Un dialogue qu’il nous faut rétablir par le biais d’une nouvelle forme de communication à la fois intuitive et directe avec la nature, la vie et les forces du monde. Un langage à l’origine de tous les langages dont les dernières sociétés traditionnelles détiennent – mais pour combien de temps encore – les dernières clefs.

 

Le péché originel

Avec la sédentarisation, la domestication de certaines espèces animales, la banalisation de l’élevage et de l’agriculture, la peur et le respect qu’inspiraient auparavant certains animaux ont progressivement laissé place à la domination, à l’asservissement, à l’utilitarisme et à une irréversible désacralisation. De par sa proximité, sa multiplicité et sa soumission, l’animal a perdu sa dimension divine. Une meilleure connaissance de la nature a repoussé les dieux aux confins du ciel, là où l’humanité n’avait pas encore prise. Les animaux eux, contraints de rester sur Terre, ont dû faire allégeance à de nouveaux dieux.

Désormais, notre époque hyper technologique a davantage encore repoussé les dieux, devenus Dieu unique, aux confins mêmes de l’univers. Ce n’est plus Dieu que nous cherchons désormais – n’a-t-il pas d’ailleurs été déclaré mort ? – mais une « intelligence » extra-terrestre à même de nous en apprendre davantage sur nous-mêmes. Or, cette forme de vie inédite, nous l’imaginons dans notre inconscient collectif le plus souvent similaire à la nôtre. Jamais nous n’envisageons des formes de vie aussi différentes de nous dans leur perception du monde, que le sont toutes celles que nous pouvons d’ores et déjà rencontrer sur notre planète. Imaginons un instant que nous tombions inopinément, au fil de nos errements intergalactiques, sur une planète abritant une espèce dominante proche de celle de nos actuels gallinacés. Inutile d’imaginer la suite. Elle se résume en un seul mot : extermination !

Pourquoi chercher ailleurs ce que la vie a si généreusement répandu sur Terre ? Autant de formes de vie différentes ; d’intelligences, de consciences et de perceptions du monde variées. Autant de sources inépuisables de connaissances sur la vie et sur nous-mêmes. A la condition seulement que nous soyons capables d’initier avec tous ces êtres, un dialogue qui soit, comme le veut tout dialogue, d’égal à égal, dans le respect de la vie et de la différence. Pour ce faire, il nous faut au préalable mettre de côté nos catégories et nos manières de pensée. Sorties de nos interactions et de nos nécessités vitales, elles sont autant d’outils inadaptés à l’observation et à la compréhension du monde extérieur ; entendons par là non humain.

 

Une merveilleuse responsabilité

    Toute forme de pouvoir, de supériorité physique ou prétendument intellectuelle sur d’autres individus ou espèces doivent, d’un point de vue moral, être mises au service des individus ou espèces considérés comme plus faibles ou « inférieurs ». Une humanité digne de ce nom est une humanité qui endosse de fait une responsabilité totale vis-à-vis de toutes les autres formes de vie. Protection, assistance et préservation ; c’est le devoir, dans quelque domaine que ce soit, qui incombe à ceux que la nature a privilégié. Notre responsabilité s’étend même bien au-delà de ce sur quoi nous pouvons agir : elle va jusqu’aux étoiles. Nous sommes encore bien loin du compte. Cette humanité-là est à peine formée.  

Dans son livre, Matthieu Ricard cite de nouveau Darwin : « L’humanité envers les animaux inférieurs est l’une des plus nobles vertus dont l’homme est doté, et il s’agit du dernier stade du développement des sentiments moraux. C’est seulement lorsque nous nous préoccupons de la totalité des êtres sensibles que notre moralité atteint son plus haut niveau [10]». Pour ma part, je serais tenté d’ajouter que c’est seulement lorsque nous nous préoccuperons enfin de la totalité des êtres sensibles que notre humanité parviendra à sa véritable dimension.

 

Sébastien Junca

 

 

 


 

  

 

[1]      Matthieu Ricard, Plaidoyer pour les animaux, Allary éditions 2014.

[3]      Ibid., p. 145.

[4]      Ibid., p. 50.

[5]      Ibid., p. 138.

[6]      Lucien Lévy-Bruhl, La mythologie primitive, Les classiques des sciences sociales, [1935] 2002, p. 63.

[7]      Jean Malaurie, Hummocks, Tome 1, Livre I, Plon, coll. Terre Humaine Poche, p. 162.

[8]      Jean Malaurie, L’Allée des baleines, Editions Mille et une nuits, [2003] 2008, p. 179.

[9]      Henri Bergson, Les deux sources de la morale et de la religion, PUF, coll. « Quadrige », 1997 [1932], p 274.

[10]    Matthieu Ricard, Plaidoyer pour les animaux, Allary éditions 2014, p. 50.

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Biographie succincte

Né en 1968, Sébastien Junca est un autodidacte épris de philosophie. Dans son premier ouvrage, L’Envers du monde (2009), publié aux Éditions édilivre, il expose les prémices de sa métaphysique. Il y décrit sa vision des principaux attributs du réel que sont la Matière, le Temps et la Conscience. Premier travail encore très influencé par ses maîtres que sont entre autres Schopenhauer, Bergson et Teilhard de Chardin. Dans la continuité, il publie Les Naufragés de Dieu (2010),  où il traite sur le mode métaphysique et toujours dans l’esprit teilhardien, des grands thèmes de la religion catholique que sont la Création, l’Incarnation et la Révélation. Suit un recueil de poèmes : De feu et de sang (2010). Ces Trente poèmes d’outre-monde sont les fruits d’une écriture automatique d’inspiration surréaliste. Il se lance ensuite dans un nouveau travail : Blessure d’étoile, La face cachée de l’évolution (2011) - où il aborde les grands thèmes de l’Évolution, de l’Humanité et du Progrès avec pour toile de fond le catastrophisme et l’impactisme.

 

Parallèlement à l’écriture, Sébastien Junca poursuit son parcours ouvrier ou il puise aussi la matière de ses textes. Son Petit manuel de survie, de résistance et d’insoumission à l’usage de l’ouvrier moderne (2011) en est un premier exemple. Dans la même veine il publie aux Editions Demopolis, Au coeur de la crise (2014), préfacé par Gérard Mordillat : carnets ouvriers relatant sa onzième et dernière année de travail au sein  d'une grande entreprise nautique.

 

Enfin, viennent d'être mis en ligne ses premiers Carnets hygiéniques sous le titre Le Vouloir du Véridique (2015); recueil de chroniques écrites entre 2010 et 2014 à travers lesquelles l'auteur remet ici en question nos plus profondes certitudes sur l'identité, la nationalité, la société, la civilisation et la vie elle-même. Vient également d'être mis en ligne un nouveau recueil de poèmes en prose intitulé La Sensation du gouffre (2015). Y sont rassemblés des textes écrits entre 1993 et 2010. L'auteur y dévoile, dans un premier temps, une vision plus intime du réel suivie, dans un deuxième temps,  de certaines de ses intuitions d'ordre plus général et philosophique.

 

Ces deux derniers ouvrages n'ont pas encore trouvé d'éditeur. Ceci est un appel lancé aux plus audacieux d'entre eux.

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En 2007, le numéro un mondial des constructeurs de voiliers passe le milliard d’euros de chiffre d’affaire. Avec 19 filiales et près de 30 sites de production à travers le monde, l’entreprise, créée en 1884 est devenue une référence du yachting international. La quasi-absence de réelle concurrence, un « trésor de guerre » substantiel et un savoir-faire unique en ont fait un véritable empire industriel et familial.

Au cœur d’une crise qui n’épargne personne, la marque fait figure d’exception. Mais pour combien de temps encore ? La petite entreprise familiale est devenue, au fil de ses succès commerciaux, un monstre protéiforme d’envergure internationale. Avec la crise elle est désormais à la croisée des chemins : rester fidèle aux anciennes méthodes de management et de communication ou au contraire, s’adapter et accepter les changements imposés par l’ « évolution des espèces industrielles » ? Voilà sans doute l’un des plus grands défis auquel le groupe se trouve aujourd’hui confronté.

 

 

 

 

 

 

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