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31 décembre 2015 4 31 /12 /décembre /2015 13:17

Nous vivons une époque où les rites, les mythes, les légendes et toutes les formes d’initiations sont tour à tour anéantis par les bienfaits de la science et de la société de surconsommation. Quels repères stables la jeunesse de nos sociétés modernes et « développées » peut-elle encore espérer ; en lesquels elle puisse encore croire ? Quand les dernières sociétés primitives ou traditionnelles aujourd’hui à l’agonie, ont su conserver les rites de passage initiatiques de l’adolescence à l’âge adulte ; nos cultures dénaturées, quant à elles, ont fini par brader les dernières valeurs auxquelles elles croyaient encore. En effet, n’importe quel enfant né au sein de nos fourmilières urbaines est à même de voir à quel point les plus simples valeurs, quand elles sont encore enseignées dans sa famille comme à l’école, sont tous les jours bafouées, violées, ridiculisées, réduites à néant une fois sorti de l’innocence. Tout ce qui nous est enseigné durant nos plus tendres années est aussitôt oublié, renié, sujet à compromis et à compromission de la part des premiers de nos proches et jusqu’aux plus hauts sommets de la société et de l'État. Comment croire encore aux souveraines valeurs d’une société qui tous les jours piétine ses propres codes ? Ceux-là mêmes qu’elle a des siècles et des millénaires durant érigés à partir de la sueur, des larmes et du sang de tous ceux qui nous ont précédés. Comment en vouloir à une génération qui n’a désormais plus lieu de croire en quoi que ce soit de grand, de beau, de digne, de vrai, de fort, d’inaliénable et d’éternel quand tout n’est tourné que vers le seul profit des immondes, des voyous, des prévaricateurs, des voleurs, des assassins, des lâches, des menteurs et autres fossoyeurs de la Nature ?

 

Les nouvelles règles du « je »

 

Notre époque semble définitivement marquée du sceau de l’individualisme et de l’égocentrisme. Du moins au sein de nos sociétés dites développées car industrialisées. Chaque jour davantage, chacun ne voit plus désormais que midi à sa porte sans pour autant en balayer le seuil. Chacun ne revendique plus que son seul et unique droit à une liberté qui le plus souvent fait fi de celle des autres en particulier, et de la collectivité en règle générale.

 

Les immenses avancées technologiques et sociales accomplies durant ce dernier siècle ont augmenté en proportions égales notre volonté de jouissance. Chacun veut désormais pouvoir profiter des derniers apports du progrès. Ces bienfaits technologiques sont d’ailleurs devenus à tel point naturels qu’on en vient à penser, au niveau même de nos institutions, que l’accès à Internet est autant prioritaire que l’accès à l’eau, au gaz ou à l’électricité. « Tous égaux » nous a-t-on enseigné. Ayant tous les mêmes droits de posséder, de jouir, de dire sinon de revendiquer haut et fort nos plus intimes convictions. Mais de plus en plus souvent au mépris de tous les devoirs dont toute vie en communauté ne peut faire l’économie. Sa survie en dépend.

 

Car ces devoirs, qui sont les formes de notre participation à l’organisme social, sont le ciment, la structure organique de base de tout édifice biologique. Que chacun se mette en retrait pour ne plus agir que pour soi, et c’est la structure sociale elle-même qui à terme se délite. Comme n’importe quel organisme rongé par le cancer où chaque cellule contaminée ne vit plus que pour elle-même.

 

Or, tous les acquis sociaux et technologiques n’ont fait que rendre le monde plus réel, plus dense, plus dur et consistant. En retour, les individualités encore hésitantes se sont vues confortées, encouragées, rassérénées à travers leur nouveau rôle et leur toute nouvelle existence au cœur de la mécanique sociale. Dès lors, un sentiment de toute puissance a commencé à germer au creux de certaines existences, à travers une possibilité chaque fois renouvelée d’assouvir la plupart de leurs désirs.

 

De la volonté de jouissance à la volonté de puissance

 

Car la maladie du siècle, au sein de nos sociétés modernes et libérales est bien celle qui consiste en une hypertrophie des caractères individuels. Elle se traduit par le passage, imperceptible parfois, de la volonté de jouissance à la volonté de puissance. Première étape qui consiste en différentes excroissances des désirs individuels de reconnaissance, de notoriété, assortis d’une inébranlable certitude d’avoir raison dans la plupart des domaines idéologiques, politiques ou religieux. Le tout encouragé par une société de plus en plus permissive et consumériste. Incitant par là à la compétition, autrement dit à la rivalité entre chacun de ses éléments constitutifs.

 

Quand l’égoïste, de manière générale, est relativement indifférent à l’autre pour ne se concentrer que sur lui-même ; l’égocentrique, quant à lui, traduit une forme d’expansionnisme de sa propre personne. Il participe d’une « inflation » du « je », lequel demande toujours plus d’espace, de pouvoir, d’écoute et de reconnaissance. L’ « autre », à défaut d’être invisible, devient parfois un obstacle à l’édification de soi. À moins qu’il n’adhère sans restriction à la vision du monde de l’égocentrique. Dès lors, le monde et autrui ne sont plus que des moyens purement matériels offerts à l’égocentrique pour assouvir sa faim et parvenir à ses fins. Autrement dit réussir sa vie en affirmant sa personnalité, en imposant à autrui et au monde sa vision et sa toute puissance ; son empreinte, son nom, sa trace de quelque manière que ce soit, fusse-t-elle dans une marre de sang.

 

Mohamed Mehra, Mehdi Nemmouche, les frères Kouachi, Amedy Coulibaly, les kamikazes du Bataclan, et, sur un autre registre, Andréas Lubitz ou Yassin Salhi, sont de ces individus qui, sans pour autant être issus de milieux défavorisés ou de minorités sociales, traduisent l’inaptitude croissante d’une certaine génération à s’affirmer en utilisant les codes de nos sociétés occidentales. Ils incarnent dans une certaines mesure ce que Didier Pleux, psychologue clinicien, décrit comme de l’immaturité affective et de l’intolérance aux frustrations[1].

 

Dès lors, et pour répondre à la volonté de puissance du « je », certains individus en viennent à épouser des causes auxquelles ils étaient a priori totalement étrangers. Quels que soient les chemins empruntés et les moyens mis en œuvre, l’essentiel pour eux est de mettre à bas une société, un modèle social qui n’a pas su les reconnaître à leur « juste valeur ». Celle qu’ils ont à leurs propres yeux et qui est démesurément surévaluée. Que ce soit par le biais de la religion, la profession ou les aptitudes naturelles, l’essentiel pour le plus ambitieux d’entre les ambitieux est de faire parler de soi. La fin désormais n’a jamais autant justifié les moyens, fussent-ils les plus criminels, les plus barbares et les plus inhumains.

 

La Synthèse future

 

Or, ces comportements individuels extrêmes ne sont-ils pas autant de signes avant-coureurs d’une métamorphose dont les forces agissantes font céder une à une les jointures de nos structures sociales désormais inadaptées au monde qui se prépare ? Ces évènements les plus terribles sont les « points chauds », les « pics d’incandescence » d’une humanité dont la température psychique, selon l’expression de Pierre Teilhard de Chardin, n’a de cesse de s’élever et de franchir de nouveaux seuils. Tout milieu, à force d’arrangements et d’organisations successifs ne peut atteindre qu’un certain degré de complexité. Au-delà de ce seuil, et quelles que soient les formes de complexités concernées, une limite de stabilité est atteinte. D’un côté, la désintégration menace. De l’autre, elle s’avère une nécessité pour l’élaboration, l’invention de complexités nouvelles. Ces seuils de stabilité ont tour à tour marqué le passage entre atomes lourds et molécules ; molécules et cellules ; cellules et organismes ; organismes et sociétés… Quelle sera la prochaine limite de stabilité ? De quelle structure ou organisme supérieur marquera-t-elle le seuil ?

 

L’époque est aux grands bouleversements. Et cette année en est plus particulièrement la preuve avec une situation économique de plus en plus dégradée ; une situation écologique des plus alarmantes et enfin un paysage géopolitique parmi les plus instables et incertains. Sans conteste, nous entrons dans une phase d’intensification des spasmes qui sont les premiers signes forts d’une métamorphose à échelle planétaire. D’une certaine manière aussi, comme ce fût le cas en 1789, la France se trouve projetée à l’épicentre de ces secousses. Lesquelles sont annonciatrices de changements auxquels nous ne pouvons nous soustraire. Les évènements, les convulsions auxquelles une partie de l’humanité est aujourd’hui confrontée n’ont pas d’autre issue que de nous forcer à l’union. Ils nous engagent à voir définitivement au-delà de nos intérêts économiques respectifs, des différences religieuses, politiques ou simplement culturelles.

 

L’heure est aux remises en cause à tous les niveaux. De nouveaux modèles doivent être inventés et rapidement mis en œuvre pour sortir des différentes impasses dans lesquelles nous nous sommes fourvoyés. La Vie ne nous attendra pas et notre inadaptation, si nous n’y remédions pas à l’échelle de cette génération, sera irrémédiablement sanctionnée par des forces qui nous dépassent. Le moment est donc venu, pour notre humanité en gésine, de passer une étape supplémentaire.

 

L’heure est venue de franchir un seuil incontournable dans la poursuite d’une évolution et d’une métamorphose qui sont les principes mêmes de l’existence. Comme les cyanobactéries dans les océans primitifs furent à l’origine de notre actuelle atmosphère ; notre espèce, naturellement invasive, a largement contribué à façonner et à transformer ses environnements. Lesquels, aujourd’hui, nous poussent à évoluer. L’homme et la nature interagissent. Ils sont l’illustration d’un éternel dialogue de la matière avec elle-même ; du monde avec lui-même. Action – réaction – création ; et ainsi va le monde.

 

L’Esprit de la Terre

 

« D’une extrémité à l’autre de l’évolution […] tout se meut, dans l’Univers, dans le sens de l’unification ; mais avec un cortège de modalités concrètes qui corrigent ou précisent singulièrement les idées théoriques que nous pourrions nous faire de l’union[2]. » Or, l’amorce de cette grande unification ou synthèse jadis pressentie par Teilhard, s’impose de plus en plus comme une nécessité dans les différents aspects de notre humanité :

 

  • Union sur le plan politique, au-delà des différences idéologiques et partisanes.
  • Union également sur le plan stratégique, là aussi au-delà des différents intérêts immédiats et particuliers à chaque nation ; à chaque culture.
  • Union enfin et surtout, sur le plan environnemental au-delà de nos impératifs économiques immédiats.

 

Dans tous les cas, la planète et la vie, par le biais même de notre propre évolution individuelle et collective, nous commandent d’accompagner et de poursuivre un mouvement, une métamorphose qui, pour s’achever pleinement, requiert non seulement notre adhésion, mais notre pleine et entière participation. Pour ce faire nous devons, à tous les degrés de l’humanité – depuis l’individu jusqu’à la multitude – en passer par une certaine dose de renoncement, de concession vis-à-vis de certaines de nos convictions, de nos traditions culturelles, religieuses, politiques ou idéologiques.

 

« Pour s’unifier et se concentrer en soi-même nous dit encore Teilhard, l’être doit rompre beaucoup d’attaches sensibles. Pour s’unifier avec les autres et se donner à eux, il doit porter atteinte, en apparence, aux privautés les plus jalousement cultivées de son esprit et de son cœur. Pour accéder à une vie supérieure, en se centrant sur un autre lui-même, il doit briser en soi une unité provisoire. Qu’est-ce à dire, sinon que, à tous les niveaux de l’être en formation, la synthèse créatrice entraîne des arrachements[3], […] » Pour accéder à de nouveaux équilibres, à de nouvelles harmonies, il faut en passer par des périodes de chaos. Lesquelles sont autant de « milieux fluides » ; autant d’occasions et d’espaces de liberté pour créer de nouvelles liaisons, de nouvelles structures et organisations pour de futures complexités. « Jusqu’ici nous dit ailleurs le père Teilhard, l’Humanité ne formait encore, économiquement et psychiquement, que des fragments épars, ou du moins lâchement associés sur la surface de la Terre. Le moment semble venu où, sous la pression irrésistible de déterminismes géographiques, biologiques, politiques et sociaux, accumulés à un ordre planétaire, ces fragments doivent se souder et se combiner, cette opération totale coïncidant avec l’éveil, par-dessus les esprits nationaux que nous connaissions seuls encore, d’un véritable “Esprit de la Terre”[4]. »

 

Depuis les origines du monde s’il en fût, un mouvement ascendant de complexité semble uniformément réparti, à l’œuvre au sein de la matière. À partir d’un milieu originel homogène et indifférencié de matière, d’espace et de temps primitifs, un Esprit de synthèse s’est rapidement mis en tâche de construire, seconde après seconde, une complexité chaque fois renouvelée. Il semble donc bien y avoir, au sein de ce que l’univers recèle de plus intime, une forme de mouvement ascensionnel ; d’évolution au sens déterministe du terme, vers une matière et un monde chaque fois plus achevés. Depuis les particules élémentaires au sein des nébuleuses jusqu’au chocs des civilisations d’Homo sapiens , toute rencontre, toute union, toute synthèse, bien qu’au prix élevé d’une certaine entropie, ont toujours été autant d’occasions réitérées d’une réalité supérieure.

 

Or, et de deux choses l’une : ce mouvement est-il en lui-même une nécessité imposée à la Vie, consécutive, sans laquelle elle finirait par s’éteindre ? À moins qu’une nécessité supérieure, inhérente, comme une « finalité » attractive, n’impose depuis toujours à la Vie son mouvement ascensionnel ? En somme, cette croissance de la complexité est-elle sans fin, autrement dit de type linéaire ? Ou bien vise-t-elle un achèvement dans la synthèse de la totalité des fragments épars d’un cosmos encore en gestation, et donc de nature cyclique ? La question reste ouverte. Sans doute encore pour très longtemps. Pour autant, se détachent de plus en plus nettement de l’apparente confusion, des constantes comme autant de certitudes :

- Une montée de la conscience, une expression chaque fois plus aboutie de celle-ci par le biais de complexités chaque fois renouvelées.

- Une progressive réappropriation et revivification du monde, et à terme de l’univers par cette montée de conscience qui devra se faire irradiante.

 

Mais nous n’en sommes pas encore là. Néanmoins, nos propres comportements, nos aspirations individuelles, nos manques, nos rêves, nos peurs, nos passions et nos souffrances ont pour une large part contribués, et continueront demain plus encore, à façonner le monde. « L’effet moral est nécessairement accompagné de douleur, de sacrifice. Voilà pourquoi, dans toute Morale, la perfection est liée à la souffrance, la vie la plus haute s’atteint par une mort. La Mort (c'est-à-dire la désagrégation) accompagne tout changement pour le bien ou pour le mal. Seulement, tandis que chez les uns (qu’elle laisse définitivement décomposés et amoindris) elle est ad mortem, - chez les autres, qu’elle recompose en les décomposant, elle est un passage (la seule Issue !) qui mène à la vie nouvelle[5]. » Que ce soit dans les différents domaines de l’écologie, de l’économie, de la politique, des technologies ou des rapports entre les nations, tout contribue à nous tirer vers l’avant ; plus sûrement, à nous hisser vers le haut. La nature, aujourd’hui à travers notre humanité, et grâce au puissant levier d’une complexité partout et chaque jour démultipliée, nous force à franchir le pas.

 

La Grande Initiation

 

Nous sommes incontestablement confrontés aujourd’hui à une crise de croissance dont les épreuves auxquelles nous devons faire face sont typiquement de nature initiatique dans la double acception du terme. C'est-à-dire à la fois révélatrices et éducatrices. Il s’impose désormais à nous de franchir un seuil, une étape vitale pour entrer de plein pied dans l’âge adulte de notre humanité. Par là, il nous faut faire face avec courage et grandeur aux responsabilités qui incombent désormais à notre espèce. Responsabilité vis-à-vis d’elle-même. Responsabilité vis-à-vis de son environnement (du plus proche au plus lointain). Puis enfin responsabilité vis-à-vis de toutes les autres formes de vie, présentes et à venir, sans discrimination. Notre responsabilité est donc tout à la fois spatiale et temporelle. Elle n’aura donc de limites que celles que nous imposerons ou qui s’imposeront à nos propres développements.

 

Les lignes qui suivent, du père Teilhard de Chardin, écrites à Pékin à Noël 1939, résonnent d’une troublante actualité : « à la racine des troubles majeurs où les nations se trouvent aujourd’hui engagées, je crois distinguer les signes d’un changement d’âge dans l’Humanité. Il a fallu des centaines de siècles à l’Homme rien que pour peupler la Terre et la couvrir d’un premier réseau. Il lui a fallu encore d’autres millénaires pour construire, au hasard des circonstances, dans cette nappe originellement flottante, des noyaux solides de civilisations, rayonnant à partir de centres indépendants et antagonistes. Aujourd'hui, ces éléments se sont multipliés ; ils ont grandi ; ils se sont serrés et forcés les uns contre les autres, - au point qu'une unité d'ensemble, quelle qu'elle soit, est devenue économiquement et psychologiquement inévitable. L'Humanité, se faisant adulte, a commencé à subir la nécessité et à sentir l'urgence de faire un seul corps avec elle-même. Voilà la source profonde de nos malaises[6]. »

 

C’est l’heure des bilans, des repentirs, des états des lieux. Car l’avenir qui se propose à l’humanité comme une merveilleuse promesse et une nouvelle alliance ne se fera qu’emprunt de cette responsabilité et de ces devoirs. De ceux qui nous incombent si nous voulons revendiquer les droits et privilèges que peut encore nous offrir le monde. À savoir : la découverte de nouveaux espaces et territoires intersidéraux. La rencontre avec d’autres civilisations comme autant de foyers de conscience et avec elles, la perspective de nouvelles synthèses d’un ordre supérieur. Et par là même, la promesse de notre accession à des niveaux supérieurs de conscience, d’humanisation et d’universalisation.

 

Aujourd'hui

 

Cette année 2015 a marqué, au niveau planétaire et plus particulièrement pour la France, l’amorce d’un tournant décisif quant à certains de nos comportements collectifs. Tout d’abord avec les attentats de janvier contre Charlie Hebdo. Puis l’escalade dans l’horreur ce 13 novembre dernier. Ces deux évènements majeurs ont définitivement fait entrer l’Occident dans une nouvelle guerre contre la barbarie. Mais une barbarie pour l’essentiel nourrie au sein de nos frontières à partir de tous les manques, de toutes les faiblesses, de tous les mensonges et les échecs des différentes politiques sociales menées depuis plus de trente ans. Ces actes sont les symptômes d’une société malade, qui a la fièvre et qui délire. Mais pas seulement.

 

Ces comportements aberrants, monstrueux, au sens biologique du terme, et quoique encore sporadiques, sont l’expression hyper violente d’un manque profond et douloureux, d’une incomplétude, d’un désir absolu d’absolu et d’un puissant appel intérieur de la part d’une génération en quête de sens. Cette folie est la réponse à la faillite complète de nos institutions à la fois politiques, religieuses et d’une science toute puissante mais dépourvue de spiritualité. Il nous faut réinventer nos modèles. Opérer les changements ; que dis-je ? les révolutions qui s’imposent au regard d’une humanité qui change plus vite que ses propres structures. Ici, les tissus et les muscles changent plus vite que le squelette.

 

Certes, le virus vient de l’extérieur, mais il se nourrit de l’intérieur, profitant de tous les vides et de toutes les zones d’ombre délaissées par la République et ses valeurs. Mais l’urgence est d’éradiquer le mal à sa source afin d’éviter qu’il ne se propage et ne contamine tout le tissus social. Pour ce faire, tous les états se revendiquant comme les ennemis de l’état islamique doivent oublier leurs intérêts individuels et leurs divergences pour faire front contre une menace qui, quoique larvaire encore, n’attend que de profiter de nos faiblesses et de nos égoïsmes nationalistes pour se propager à l’ensemble de la planète. Une fois la menace écartée, le temps sera venu alors de s’interroger en toute lucidité sur les raisons et les mécanismes qui nous ont conduits au bord du précipice.

 

L’Occident, loin s’en faut, n’est pas pour rien dans cette fulgurante contagion. Il a, depuis plus d’un siècle de colonisation et de décolonisation successivement désastreuses ; d’influence et d’ingérence politique, économique et religieuse, de mensonge, de corruption, de trahison, de manipulation et de lâcheté… l’Occident disais-je, a largement contribué à la naissance et à la maturation d’un monstre idéologique et anti-occidental comme l’état islamique. Lequel, si nous baissons à nouveau la garde, n’aura de cesse de renaître à tout instant – après quelque nouvelle mutation dont la vie a le secret. Comme n’importe quel germe ou virus mortel, il n’attendra que le terrain « sanitaire » et idéologique propice à une nouvelle contagion. On ne touche pas impunément aux équilibres naturels – quels qu’ils soient, même politiques – sans en subir tôt ou tard les conséquences.

 

C’est toujours sous l’impulsion des grandes menaces que les progrès les plus décisif ont été accomplis. C’est tout le travail de l’évolution que de comprimer la vie afin qu’elle trouve en elle, par une forme de contrainte, le regain d’énergie, le ressort nécessaire à un rebond inattendu, presque désespéré, qui la transcende et la pousse à inaugurer de nouvelles dimensions. C’est aussi cette même force qui, d’abord au sein d’une nature pré humaine, s’exprime par la survie du plus apte et la lutte d’individu à individu. Puis qui poursuit son oeuvre au sein de l’humanité par les conflits de toute sorte qui ont ensanglanté son histoire.

 

Pour Teilhard de Chardin, « […] la guerre ne représente pas un accident résiduel, destiné à décroître avec le temps, mais elle est l’agent premier et l’expression même de l’évolution[7]. » Pour lui, la guerre est un puissant moteur de l’évolution au même titre que n’importe quelle agitation du milieu ambiant. De même que la compression des particules au cœur des nébuleuses crée les étoiles, augmente la température et la synthèse des atomes lourds ; l’intensification des mouvements sociaux sont pareillement créateurs de complexités nouvelles. On sait à quel point les guerres ont permis des avancées considérables dans les différents domaines des sciences, des technologies, des avancées sociales, économiques et même sur le plan des relations internationales. « C’est dans la fumée et le sang des batailles que le Surhomme apparaîtra[8]. »

 

Les leçons du 13 décembre

 

Ce dimanche 13 décembre 2015 s’est achevée la conférence de Paris sur le climat (COP 21). Elle s’est conclue sur la signature d’un accord à la quasi unanimité de 195 des participants. Accord donné déjà pour historique. Cette victoire contre les forces d’inertie montre dans quelle mesure les nations, au-delà de leurs différences et de leurs intérêts respectifs, peuvent s’unir afin de lutter contre une menace planétaire et environnementale majeure. Enfin, et à l’échelle de notre seule nation, ce même 13 décembre, les résultats des élections régionales ont là aussi fait la démonstration que la coopération, le renoncement à certaines habitudes de penser, à certains intérêts personnels et autres corporatismes peuvent contribuer, ici comme ailleurs, à faire reculer les forces obscurantistes. Celles dont les seules vraies valeurs, dissimulées derrière un nationalisme ostentatoire et démagogique, sont la peur de l’autre, le rejet de la différence, de la diversité, de l’ouverture au monde assortis de l’attachement compulsif à toutes les formes d’archaïsmes, de repli sur soi et de protectionnisme maladif.

 

Au premier tour de ces élections, le Front National, pour ne pas le citer, a bel et bien démontré qu’il était désormais le premier parti de France en terme d’électorat. Pour autant, au sein des régions qui semblaient lui être acquises, l’union – certes provisoire – de la Droite et de la Gauche, par un retrait des candidats de Gauche vaincus par la Droite au premier tour, a démontré que face à la menace, à nouveau, la seule opposition républicaine véritable en passait par une main tendue des uns vers les autres. Au second tour donc, ce dimanche 13 décembre 2015, ce ne sont ni les uns, ni les autres qui l’ont emporté, mais la République.

 

Là aussi, là toujours, de nombreux enseignements devraient être tirés de ces évènements. À savoir :

- L’essoufflement, pour ne pas dire l’effondrement des partis traditionnels et historiques de Droite comme de Gauche démontré par un vote largement contestataire.

- La désaffection grandissante du peuple vis-à-vis de ces mêmes partis et des institutions qu’ils sont censés représenter et défendre. Il n’est qu’à considérer le taux d’abstention lors des élections, même les plus importantes.

- Enfin le discrédit vis-à-vis des politiques lié au manque récurant de résultats ainsi qu’à l’attachement à des principes et à des figures (Gaullisme, …) qui doivent être repensés et réadaptés aux conditions nouvelles imposées par le monde d’aujourd’hui.

- D’où l’impérieuse nécessité d’une refonte totale des différentes sensibilités politiques dans l’union et à partir des sujets et des causes qui rassemblent et autour desquels les partis, quelle que soient leur sensibilité d’origine, peuvent et doivent s’entendre. Cette alliance devra même s’étendre au Front national lui-même, du moins à ses représentants les plus ouverts. Parti qui, si sa volonté de servir la France est véritablement sincère et désintéressée, doit être en mesure de renoncer à certains de ces principes fondateurs, à ses intérêts propres et à son désir de victoire.

 

L’état d’urgence décrété après les attentats de Paris du 13 novembre, de même que le grand rassemblement républicain après les attentats de Charlie Hebdo en janvier ont fait la démonstration d’une possible union nationale sinon internationale – qui certes n’a pas duré – mais qui a montré que tous les partis, quels qu’ils soient, pouvaient se retrouver pour le salut commun. L’union de la Droite et de la Gauche est la seule alternative possible. Non seulement face à l’inexorable montée du Front National ; mais aussi face aux enjeux qui nous attendent. Désormais seuls les talents comptent. Et ces talents se trouvent partout, sous toutes les bannières.

 

Le Front National lui-même donne la clé qui permettra de stopper son ascension. Quand il parle en termes railleurs de l’UMPS pour dénoncer les connivences et les échecs des deux principaux partis historiques depuis trente ans ; il ne se doute pas que c’est justement de ce côté-là qu’il faut creuser. Sans le savoir, ce parti extrémiste montre le chemin à même d’inaugurer une nouvelle ère politique révolutionnaire. Unir ses forces et ses talents au-delà des étiquettes, des clivages et des appartenances du passé. L’UDI ou le MODEM ont tenté de montrer l’exemple, trop peu suivi malheureusement. Trop « révolutionnaire » et avant-gardiste sans doute.

 

Rassembler les figures emblématiques du paysage politique actuel ; les plus ouvertes, les plus modérées, les plus modernes et dynamiques mais aussi les plus volontaristes et intègres. Bref, et pour user d’un lieu commun, rassembler les hommes et les femmes de bonne volonté et dont l’abnégation n’est plus à démontrer. Dans La République, Platon nous dit : « […] un état où se seront ceux qui ont le moins de goût pour exercer le pouvoir qui seront appelés à exercer ce pouvoir, sera forcément celui qui aura le gouvernement le plus parfait et plus exempt de toute dissension[9] […] ». Et pour enfin préparer la Nation à affronter les épreuves qui s’imposent aujourd’hui à elle et qui seront les ressorts de son évolution future.

 

L’Homme symbiotique

 

Toute forme d’évolution passe par la coopération. Darwin et bien d’autres l’avaient déjà compris en leur temps. La Nature elle-même en est la plus évidente démonstration. Or cette coopération, cette synergie des forces en présence ; cette synthèse future entrevue par Teilhard ne se fera que sur la base de concessions. Autant de renoncements à des acquis et à des libertés que nous retrouverons inévitablement plus haut et d’autant plus consolidés et pérennes. C’est aussi, au quotidien, ce qu’impose l’état d’urgence. La mise entre parenthèse de certaines de nos libertés individuelles au profit de notre sécurité.

 

Certains idéalistes s’insurgent à l’excès contre la soit disant menace que l’état d’urgence ferait peser sur nos libertés individuelles. Les mêmes souvent, n’ont aucune réticence, sinon de pudeur à exposer à l’envi l’essentiel de leur vie privée sur la toile. Je n’ai, en ce qui me concerne, aucun problème avec cela. Et l’on peut bien écouter tant qu’on voudra mes conversations téléphoniques, épier mes activités sur le Web ou me filmer en 3D dans la rue. Comme la plupart des citoyens de ce pays, je n’ai rien à me reprocher. Comme eux également, je n’ai donc rien à cacher à la République. D’autant moins que je suis bien convaincu que les forces de police ont sans conteste bien mieux à faire que de perdre un temps précieux à espionner 66 millions de citoyens. À plus forte raison quand ils ont à peine les moyens humains et matériels de pister quelques milliers de djihadistes potentiels.

 

En résumé, il faudra un jour choisir entre nos libertés individuelles, par définition limitées à l’ « espace » occupé par la liberté d’autrui, et notre liberté collective. Celle qui consiste à continuer d’exister au sein d’une nation détentrice de valeurs humanistes où chacun peut encore avoir sa place et dans le respect de l’autre et de sa différence. Toute société, par définition, suppose une certaine restriction de nos aspirations à une liberté individuelle absolue. L’homme, ce n’est plus à démontrer, est un animal social. Par là même, il est naturellement contraint, assujetti au groupe, à la communauté de ses semblables. Laquelle, en retour, lui assure sécurité, protection, assistance, confort, éducation, construction de soi et dans une certaine mesure, épanouissement personnel. Il n’y a pas de liberté individuelle absolue, parce qu’il n’y a pas d’individu absolument indépendant de son milieu d’origine.

 

Les particules, les atomes, les cellules qui nous constituent, nous-mêmes ; appartiennent respectivement à de vastes ensembles dont nous ignorons encore largement les limites dans l’espace, le temps et sur l’échelle de la complexité. à tous les niveaux cependant, ces ensembles ne sont véritablement eux-mêmes que dans leur pleine participation à la complexité au sein de laquelle ils s’inscrivent. Une participation qui, bien qu’impliquant une forme de renoncement, leur permet d’être vraiment eux-mêmes. Un achèvement, une complétion par la découverte de ramifications infinies au sein du réel. Lesquelles n’ont d’autres limites que celles inhérentes à notre propre vision du monde. Car c’est bien son intégration et sa pleine participation aux sociétés complexes nouvellement crées qui ont permis à chacun d’approfondir et de développer son humanité.

 

« De telles lois existent dans la nature, nous dit Joël de Rosnay. […] Dans le corps humain, un globule rouge, un globule blanc ou une cellule de foie sont beaucoup plus “elles-mêmes” que dans une boîte de pétri surnageant dans un milieu nutritif posé sur la paillasse d’un laboratoire. […] Notre corps est constitué de 6000 milliards de cellules, mille fois plus que d’êtres humains sur la planète. […] chaque cellule du corps, chaque microbe du microbiome représente toutes les fonctionnalités que leur permet leur génome et son expression au sein d’une société ou d’un écosystème intégré, beaucoup plus efficacement que s’ils étaient isolés[10]. »

 

Pour conclure, je dirais que toutes les formes de symbioses, appliquées dans la sphère sociale ou internationale, permettraient à l’Homme d’effectuer un formidable bond en avant, achevant ainsi sa douloureuse métamorphose. Quand la concurrence et la compétition sont aujourd’hui autant de freins sinon d’entraves à notre développement ; la coopération, la solidarité, l’altruisme et le partage permettraient enfin à notre humanité d’accéder à une dimension physique et spirituelle d’ordre supérieur.

 

Sébastien Junca.

 


[1]        Didier Pleux, Les Adultes tyrans, Odile Jacob poches, 2014.

[2]       Pierre Teilhard de Chardin, L’Activation de l’énergie, Les classiques des sciences sociales, [1963] 2015, p. 104.

[3]       Henri de Lubac, La pensée religieuse du père Teilhard de Chardin, Aubier, 1962, p. 59.

[4]       Pierre Teilhard de Chardin, L’activation de l’énergie, Les classiques des sciences sociales, [1963] 2015, p. 81.

[5]        Henri de Lubac, La pensée religieuse du père Teilhard de Chardin, Aubier, 1962, pp. 59-60.

[6]       Pierre Teilhard de Chardin, L’activation de l’énergie, Les classiques des sciences sociales, [1963] 2015, pp. 20-21.

[7]        Ibid.

[8]        Ibid.

[9]        Platon, La République, éditions Gallimard, coll. Bibliothèque de la Pléiade, 1950, p. 1110.

[10]    Joël de Rosnay, Intelligence artificielle : le transhumanisme est narcissique. Visons l’hyperhumanisme. Article de Joël de Rosnay sur l'intelligence artificielle publié sur le site Le Plus de L'OBS - 26 avril 2015. Site Officiel de Joël de Rosnay.

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Publié par Sébastien Junca
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Biographie succincte

Né en 1968, Sébastien Junca est un autodidacte épris de philosophie. Dans son premier ouvrage, L’Envers du monde (2009), publié aux Éditions édilivre, il expose les prémices de sa métaphysique. Il y décrit sa vision des principaux attributs du réel que sont la Matière, le Temps et la Conscience. Premier travail encore très influencé par ses maîtres que sont entre autres Schopenhauer, Bergson et Teilhard de Chardin. Dans la continuité, il publie Les Naufragés de Dieu (2010),  où il traite sur le mode métaphysique et toujours dans l’esprit teilhardien, des grands thèmes de la religion catholique que sont la Création, l’Incarnation et la Révélation. Suit un recueil de poèmes : De feu et de sang (2010). Ces Trente poèmes d’outre-monde sont les fruits d’une écriture automatique d’inspiration surréaliste. Il se lance ensuite dans un nouveau travail : Blessure d’étoile, La face cachée de l’évolution (2011) - où il aborde les grands thèmes de l’Évolution, de l’Humanité et du Progrès avec pour toile de fond le catastrophisme et l’impactisme.

 

Parallèlement à l’écriture, Sébastien Junca poursuit son parcours ouvrier ou il puise aussi la matière de ses textes. Son Petit manuel de survie, de résistance et d’insoumission à l’usage de l’ouvrier moderne (2011) en est un premier exemple. Dans la même veine il publie aux Editions Demopolis, Au coeur de la crise (2014), préfacé par Gérard Mordillat : carnets ouvriers relatant sa onzième et dernière année de travail au sein  d'une grande entreprise nautique.

 

Enfin, viennent d'être mis en ligne ses premiers Carnets hygiéniques sous le titre Le Vouloir du Véridique (2015); recueil de chroniques écrites entre 2010 et 2014 à travers lesquelles l'auteur remet ici en question nos plus profondes certitudes sur l'identité, la nationalité, la société, la civilisation et la vie elle-même. Vient également d'être mis en ligne un nouveau recueil de poèmes en prose intitulé La Sensation du gouffre (2015). Y sont rassemblés des textes écrits entre 1993 et 2010. L'auteur y dévoile, dans un premier temps, une vision plus intime du réel suivie, dans un deuxième temps,  de certaines de ses intuitions d'ordre plus général et philosophique.

 

Ces deux derniers ouvrages n'ont pas encore trouvé d'éditeur. Ceci est un appel lancé aux plus audacieux d'entre eux.

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AU COEUR DE LA CRISE.

 

 

AU COEUR DE LA CRISE - Carnets ouvriers, aux

Editions DEMOPOLIS

 

 

 

En 2007, le numéro un mondial des constructeurs de voiliers passe le milliard d’euros de chiffre d’affaire. Avec 19 filiales et près de 30 sites de production à travers le monde, l’entreprise, créée en 1884 est devenue une référence du yachting international. La quasi-absence de réelle concurrence, un « trésor de guerre » substantiel et un savoir-faire unique en ont fait un véritable empire industriel et familial.

Au cœur d’une crise qui n’épargne personne, la marque fait figure d’exception. Mais pour combien de temps encore ? La petite entreprise familiale est devenue, au fil de ses succès commerciaux, un monstre protéiforme d’envergure internationale. Avec la crise elle est désormais à la croisée des chemins : rester fidèle aux anciennes méthodes de management et de communication ou au contraire, s’adapter et accepter les changements imposés par l’ « évolution des espèces industrielles » ? Voilà sans doute l’un des plus grands défis auquel le groupe se trouve aujourd’hui confronté.

 

 

 

 

 

 

Dernière parution

LE TOTEM ET L'ATOME. Introduction à la mécanique des dieux.

 

Comme l’a démontré Émile Durkheim, la religion est un fait exclusivement social. Elle est donc en prise directe avec les forces et les mécanismes qui, depuis 13,7 milliards d’années, ont contribué à façonner les différentes complexités atomiques, moléculaires, biologiques puis humaines. Elle est donc aussi sujette aux mêmes métamorphoses ; aux mêmes évolutions.

La magie, le totémisme et les premiers grands monothéismes, ont tour à tour été les ferments de sociétés en gestation. Ils leur prodiguèrent le sens du sacré, les interdits et les premières structures socio-économiques dont ces sociétés avaient impérativement besoin pour se construire et perdurer.

Les connaissances et l’accroissement démographique de notre seule espèce s’étendront bientôt au-delà des dimensions matérielles de notre planète. Nos religions n’ont pas suivi. Dieu est devenu étriqué. Trop étroit désormais pour contenir 9 milliards d’individus avides de sens et de reconnaissance. Le modèle est dépassé, suranné, obsolète. D’où la nécessité de réinstaurer une dialectique avec la nature et le cosmos. De celle que les sociétés traditionnelles ont su conserver à travers les siècles. Leur sagesse et leurs croyances, plus que jamais menacées par le modèle occidental, sont les clés de nos évolutions futures.

L’humanité, face aux défis qui sont les siens, est en attente d’un nouveau mythe global. Lequel répondrait à la récente prise de conscience de notre interaction avec la totalité de l’univers. Une humanité enfin prête à quitter les âges primitifs de la survie, de la compétition et de la confrontation au monde, pour entrer pleinement dans la Vie. Une Vie non plus seulement terrienne et organique, mais une Vie aux formes infinies, de nature symbiotique et de dimension cosmique.

 

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